Activités des Relais de la Mémoire en Loire-Atlantique
par Etienne GASCHE
Je vais parler surtout au nom des « Relais de la mémoire ». Professeur dans l’enseignement secondaire en Loire-Atlantique depuis près de 35 ans, en poste à Nort-sur-Erdre, tout près du maquis de Saffré, un maquis au destin tragique, puis à Nantes, la ville de ma jeunesse, mais surtout la ville des otages, enfin et pour quelques années encore dans la ville de Chateaubriant, l’autre ville des 50 otages d’octobre 1941. Chateaubriant, Nantes, mais aussi Saint-Nazaire et tant d’autres communes du département ont toutes été marquées par des moments de résistance mais aussi par la terrible répression nazie.
C’est pour moi un bien grand honneur mais aussi une grande responsabilité que de représenter devant vous mes collègues qui oeuvrent au sein de l’association départementale « Les Relais de la mémoire ». Si tous les professeurs d’Histoire-Géographie ne nous ont pas rejoints, par expérience, je le sais, ils enseignent tous le mieux possible à leurs élèves l’histoire de la Deuxième Guerre mondiale et beaucoup incitent leurs élèves (de collège ou de lycée) à participer au Concours national de la Résistance et de la Déportation.
C’est pour soutenir cette démarche que nous avons créé dans notre département l’association « Les Relais de la mémoire », qui regroupe des représentants des associations de la résistance et de la déportation et des enseignants du secondaire. Nous donnons toute son importance au Concours, depuis le soutien aux élèves qui s’engagent à y participer jusqu’au jour où sont remis les prix au printemps, moment bien agréable, puisque M. le Préfet nous reçoit, avec les lauréats et leurs familles, dans les salons cossus de la préfecture. Mais avant, il a fallu travailler.
Notre association articule son action autour de plusieurs axes. Des expositions sont à la disposition des établissements scolaires et des collectivités territoriales. Des conférences sont organisées dans les établissements ou au CRDP. Des livres, cassettes vidéo, DVD, sont à la disposition des professeurs et des élèves dans les CDI. Enfin – et c’est la principale raison de ma présence parmi vous – nous avons commencé à enregistrer un film, la mémoire des résistants et des déportés du département. Ce premier film de 40 minutes, intitulé « Des Résistants en Loire-Atlantique » est depuis un an dans tous les établissements du département.
Réalisé sous l’égide des « Relais de la Mémoire », ce film a pu être mené à son terme grâce aux Anciens Combattants, au Conseil Général, aux Inspecteurs Pédagogiques Régionaux, et grâce évidemment au soutien financier, chaque année renouvelé, de la ville de Nantes et de nombreuses autres communes du département. Grâce à ces soutiens, notre association remet de nombreux prix chaque année et finance, pour les lauréats du concours, des déplacements sur les lieux de mémoire, tant en France qu’à l’étranger : nombre de nos élèves ont pu se rendre à Mauthausen, accompagnés par des professeurs et des Résistants Déportés ; ou, récemment, au Struthof. Enfin, depuis des décennies, une journée est offerte à tous nos lauréats au musée et au maquis de Saint-Marcel, dans le Morbihan, petite commune près de Malestroit, haut lieu de la résistance bretonne.
Dans ce premier documentaire, Jean-François Lainé (professeur à Machecoul) et moi, nous avons voulu, à travers quelques témoignages précis inscrits dans le contexte de l’époque et soutenus par des images d’archives, montrer à nos élèves que les résistantes et résistants étaient des hommes et femmes comme beaucoup d’autres, jeunes ou moins jeunes, habitants des villes ou des villages, souvent des gens discrets, étudiants, travailleurs, mais des hommes et des femmes qui surent réagir devant la tragédie que fut l’occupation de leur pays par l’armée hitlérienne, des envahisseurs terrifiants et hélas soutenus par des milliers de collabos. Jour après jour, mois après mois, la Loire-Atlantique a donc été le théâtre d’une résistance courageuse, opiniâtre, terriblement dangereuse puisque des centaines de nos résistants ont payé de leur vie leur engagement contre les nazis, qu’ils aient été fusillés ou qu’ils soient morts en déportation. Parmi toutes ces victimes de la répression nazie, les 50 otages ont valu dès le 11 novembre 1941 la citation de la Ville de Nantes à l’Ordre de la Libération.
Nous travaillons actuellement à un second documentaire, qui sera consacré exclusivement à la mémoire des déportés de la grande région nantaise.
Je terminerai en citant deux exemples qui marquent toujours profondément mes jeunes élèves lorsque je leur parle des déportés de notre petite région, afin de leur rappeler que l’histoire, la grande histoire, les concerne aussi de très près, et que quelques pages de cette histoire ont été écrites ici, tout près de chez eux, dans leur commune, parfois même dans leur rue.
Printemps 1945, gare d’Orléans à Nantes, à son retour de déportation d’un kommando de Mauthausen, le Loibl Pass, un syndicaliste nantais descend du train. Sur les quais et dans le hall de la gare, une foule dense est là chaque jour, qui attend le retour des prisonniers, des STO, des déportés. Epuisé, le regard perdu, notre ami traverse cette foule, il ne reconnaît personne, personne ne le reconnaît non plus. Péniblement, il se rend à son ancienne adresse, proche de la gare. Là, heureusement, un commerçant le reconnaît, et il le ramène à la gare où, il le sait, son épouse et ses beaux-frères l’attendent. Il s’approche enfin de son épouse, mais il est dans un tel état d’abattement physique que celle-ci ne le reconnaît toujours pas. Il faut qu’il lui parle pour qu’enfin, au son de sa voix, elle comprenne qu’il s’agit bien de son mari.
L’histoire tragique du jeune Alexandre Caillon émeut aussi mes élèves, ce jeune Nantais, ancien élève du lycée Clémenceau, et probablement mort à San Postel, dans les jours qui ont suivi la libération. Le 1er mai 1945, Alexandre peut écrire un petit mot à ses parents, dans lequel il leur annonce qu’il est souffrant mais qu’il a été libéré par les Anglais. A partir de là, une longue et terrible attente va commencer pour la famille. Cinq années plus tard, sa mère, qui ne se résout toujours pas à l’idée que son fils n’est plus, se rend dans le nord de l’Allemagne. Alors, sur les routes cahotantes d’un pays en reconstruction, elle va en taxi d’une ville à l’autre, d’une mairie à l’autre. En vain.
A travers ces exemples, à travers tous ceux que vous, les survivants, donnez sans relâche aux élèves, nous pouvons puiser, nous, enseignants, de quoi motiver nos élèves à connaître et à apprendre. C’est le but que nous nous fixons au sein des « Relais de la mémoire ». Au nom des collègues de notre département, je tiens à vous assurer de notre fidélité, à vous féliciter et à vous remercier.
E. Gasche