Le
Chur dHommes dAnjou a tenu à écrire
et mettre en musique son propre message. Nés dun large
échange de vue au sein de la commission artistique, ces mots
sur le thème de « la bête immonde » de Brecht,
ont été adoptés par le groupe entier et chantés
par lui à Mauthausen pour la première fois. Gloire et
victoire de ceux que la barbarie na pu tuer. On ne tue pas lesprit
Mais attention, il faut faire uvre de mémoire, dautant
que « la bête revient
» Pas de naïveté,
mais LUCIDITE et ENGAGEMENT.
Le
jour de mai levant
Vos grands yeux effarés au jour de mai levant
S'abreuvent des clartés du matin prometteur.
Maintenant vos bourreaux ont cessé leurs clameurs ;
La lumière a figé tous leurs rires aux yeux clairs
Et réchauffe soudain vos oripeaux, vos chairs,
Vos grands yeux effarés au jour de mai levant.
Peuple rayé,
Peuple de fantômes,
Vos rayures aujourdhui ont les traits de la gloire !
Vous avez triomphé de limmonde carrière,
Vous êtes revenus de ce gouffre sans fond,
Léchine disloquée, les yeux creusés profonds.
Vous avez remonté le long escalier blanc
Quittant ces temps de fer et ces matins tremblants,
Vous avez triomphé de limmonde carrière.
Peuple de sous-hommes,
Peuple de bagnards,
Ce trou assourdissant bruit de votre victoire !
Vos frères abattus, disparus sans linceul,
De France ou de Russie, dEspagne ou de Judée
Se dressent avec vous, innombrables, guidés
Par les seuils éclairés déchirant le ciel noir.
Votre vibrant cortège emporte dans la gloire
Vos frères abattus, disparus sans linceul.
Peuple de vainqueurs,
Peuple sans drapeau,
Nul ne peut tuer lespoir et lesprit sous la peau !
(Transition musicale : « Lacrimosa »)
La
bête revient
Je ne vois plus vos noms sur les pages des livres
Et le lierre étouffe les pierres de vos ruines.
Les foules effacent la mémoire du crime
Car le froid souvenir les empêche de vivre.
Postons
des guetteurs
Alertons les témoins,
Montons sur les hauteurs
Pour éclairer demain !
Jentends
des bruits sourds de maraude
Et rouler les tambours ;
Et la peur me taraude
À la tombée du jour.
Postons
des guetteurs
Alertons les témoins,
Montons sur les hauteurs
Pour éclairer demain !
Je
dis la saison revenue
De la fin des marelles,
Et des cloches fêlées,
Des paroles gelées,
Des affreuses nouvelles
Et des voix inconnues.
Postons
des guetteurs
Alertons les témoins,
Montons sur les hauteurs
Pour éclairer demain !
Phares
de notre bout du monde,
Éclairez les marais,
Balayez les forêts
Pour débusquer LA BÊTE IMMONDE !"
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