39° Congrès de l'Amicale des déportés, familles et amis de Mauthausen

4 - 7 octobre 2002


Intervention
de Pierre SAINT-MACARY

Nos amis sont morts.
Emprisonnés, torturés, déportés – ils sont morts pour la liberté.
Ici devant cette plaque dédiée aux patriotes normands.
A Paris, à la crypte de l’île de la Cité, pour ceux de toute la France.
A MAUTHAUSEN, au monument "aux Français morts pour la liberté".
Nous saluons leur mémoire, la mémoire de leurs combats, de leurs malheurs mais la mémoire de leur victoire puisque depuis 57 ans nous vivons dans un monde libre.
Nous n’avons pas cette mémoire par simple révérence à leur souvenir, qui nous est très cher, mais parce qu’elle a une signification. Tous doivent savoir - et nous nous employons à le faire savoir - que le régime nazi a été criminel et à plusieurs degrés : criminel envers les Juifs (exterminés) ; criminels envers les déportés, déshumanisés au point de ne voir dans le cadavre d’un ami ou d’un frère qu’une carcasse jetée au ruisseau ; criminels envers les individus acculés à oublier leur condition d’homme. Si la première résistance était bien de rester un homme, même si bien souvent, face à la faim en particulier, c’était méritoire, voire héroïque. Et cette résistance est notre honneur.
Le contre-modèle nazi dont nous avons été les victimes nous fait un devoir impérieux de militer pour un autre monde : un monde où le droit prime la force ; où le libre contrat prime la concurrence ou la contrainte ; où l’entente raisonnable, réfléchie et négociée prime la défiance et le rejet viscéral.
Les survivants que nous sommes ne sont pas morts, civiquement, en 1945, pensant leur tâche accomplie : nous ne sommes pas des fossiles dans le monde d’aujourd’hui. Nous sommes des citoyens et des Européens, peut être un peu mieux éclairés du fait des épreuves subies. Mais d’autant plus décidés à militer pour un monde de la loi et de la concorde.
Nos amis nous ont montré le chemin : la liberté.
Ils nous reste à poursuivre le combat sur le même chemin.
Le chemin tracé par le Serment de Mauthausen, prêté bien loin d’ici, il y a longtemps, mais auquel nous restons et nous resterons à jamais fidèles.