La mémoire de mauthausen : sauvegarde et médiation

Travaux du 39° Congrès de l'Amicale des déportés, familles et amis de Mauthausen

4 - 7 octobre 2002


L’Université de Rouen :
Intervention
de Céline Olivier.

Etudiante germaniste ayant participé au symposium organisé à Linz.


Je m’appelle Céline Olivier, j’ai 25 ans, je suis étudiante germaniste, titulaire d’une maîtrise d’allemand, et je prépare le CAPES de cette langue. J’ai été assistante de français dans différents établissements secondaires et supérieurs à Vienne en Autriche, pendant quatre ans. J’interviens dans votre débat, à la demande de M. Winkler et en tant que participante au symposium de votre Amicale à Mauthausen en octobre 2001. Ayant visité le camp de Mauthausen, guidée par des témoins, je témoigne à mon tour de l’incidence de cette démarche qui m’a mise en contact avec une réalité brute et l’horreur vécue.
Aujourd’hui encore, les historiens ne considèrent pas les faits rapportés par des témoins vivants comme importants, car à leur avis trop subjectifs. Certes, chaque individu a une perception différente des faits de par ses expériences, sa sensibilité, sa personnalité, son caractère, mais le témoin possède lui les traces réelles d’un passé vécu. De ce fait, il est capable d’établir une passerelle entre le passé et le présent.
J’ai vécu récemment ce phénomène avec des élèves de terminale en Autriche. Pour eux et leur professeur, l’histoire est quelque chose de virtuel appris dans les livres et à connaître pour la prochaine leçon. Les jeunes vivent dans un monde virtuel les événements réels qui les entourent, par l’intermédiaire des médias et en particulier la télévision qui leur donne l’impression de vivre les faits relatés. La pédagogie de l’enseignement ne permet pas, au même titre pour l’enseignant, de percevoir la réalité du passé et donc de s’impliquer. Confrontés à la violence qui les entoure, les jeunes n’ont pas de repères et la perçoivent virtuellement, ne pouvant que difficilement établir la relation avec la réalité.
Suite à ma visite de Mauthausen, j’ai donc proposé de la relater, en accord avec le professeur. En m’appuyant sur des documents authentiques, des plans du camp, j’ai laissé transparaître mes propres impressions, mes sentiments, mes émotions et l’importance de l’événement que j’avais vécu. A ma grande surprise, les élèves furent captivés, de nombreuses questions furent posées, à tel point qu’ils demandèrent une autre séance sur ce sujet.
Je constatais que ces jeunes et leur professeur s’étaient appropriés l’histoire par le biais de mon témoignage. A leurs yeux, j’étais devenue le lien direct avec le passé en qualité de témoin d’un vécu. L’histoire était devenue quelque chose d’humain et ils étaient impliqués dans cette intervention, davantage que n’avaient pu le faire les livres et les supports audiovisuels. A mon avis, c’est cette qualité humaine, la preuve d’un vécu réel qui procurent toute l’authenticité et la crédibilité au témoin vivant. C’est le seul moyen d’établir un pont entre le passé et le présent, et de mener du virtuel au réel.
Je tiens à vous remercier pour l’accueil qui m’a été réservé, la chaleur des entretiens et la richesse des échanges avec tous ceux d’entre vous que j’ai rencontrés. J’ai été surprise par leur expérience incomparable, leur gentillesse, leur ouverture d’esprit et l’importance qu’ils accordent à la vie. Leur dynamisme, leur joie de vivre sont un exemple qu’il serait souhaitable de faire partager à un plus grand nombre. Leur implication dans la vie active est remarquable, ainsi que la qualité et la franchise de leurs interventions.
Riche de ces échanges, c’est avec joie que je me propose de participer aux activités que vous voudrez bien me faire partager. Vous remerciant à nouveau pour votre attention, je vous souhaite longue vie pour atteindre les buts que vous vous êtes fixés.
De tout cœur MERCI.