LIVRES
La
France des camps. Linternement. 1938-1946.
Denis
PESCHANSKI
Gallimard.
26,50 euros.
Les éditions Gallimard viennent déditer la thèse
de Denis Peschanski. Linternement administratif, cest la
privation arbitraire des libertés, décision prise à
lencontre de personnes qui sont censées nuire, ou qui sont
susceptibles de le faire. En cela, linternement se distingue très
nettement de lemprisonnement. Le principal mérite de ce
livre est ainsi de mettre en lumière la spécificité
de cette pratique, mais également de présenter les lieux
mêmes de linternement, ces camps, dans leur diversité
et leur complexité.
Ce nest pas la première fois que lon parle de ces
camps, mis en place dans notre pays par la IIIème République
et qui dureront jusquaprès la Libération. Inconnus,
certainement pas, ignorés plutôt. Il est ainsi utile de
rappeler lexistence de quelques travaux précurseurs en
ce domaine. Ainsi, le livre coécrit par Hanna Schramm et Barbara
Vormeier en 1979 et qui sappelait Vivre à Gurs. Signalons
également les travaux de Claude Laharie, qui publia très
tôt une monographie très complète sur le camp de
Gurs, situé dans les Pyrénées-Atlantiques près
de Pau. Au chapitre des uvres générales, Annette
Wieviorka sillustra en 1991 avec son livre sur ces Camps de la
honte, qui connut un réel succès.
Cela commence bel et bien avec les lois dexception de novembre
1938. Pour cette république finissante, la "logique"
de ces camps correspond à un besoin de contrôle sur ceux
que lon qualifie alors d"indésirables étrangers",
tour à tour Allemands antifascistes trop remuants, républicains
espagnols ayant fui le franquisme en février 1939, ou ressortissants
des puissances ennemies (Allemands, Autrichiens puis Italiens) à
la suite des déclarations de guerre de 1939 et 1940. A sa mise
en place, le régime de Vichy trouve donc un système dinternement
organisé et qui fonctionne très bien. Il va sen
servir, en en changeant la nature. De 1940 à 1942, la logique
de protection cède le pas au principe dexclusion, revendiqué
et appliqué par les hommes de la "Révolution nationale".
Cest le moment où lon interne ceux que lon
considère à divers titres comme responsables de la défaite,
francs-maçons, communistes, syndicalistes, militants. Pour Vichy,
la régénération de la société ne
peut passer que par lexclusion des mauvais germes pour les empêcher
de nuire à nouveau. La phase suivante nest que la suite
dramatiquement logique de ce principe : de 1942 à 1944, les camps
français sinscrivent dans une logique de déportation.
Le camp français nest plus le " cul de sac "
quil était, il devient le lieu de transit avant la déportation
dans les territoires directement contrôlés par lAllemagne
nazie, dans les camps de concentration ou les centres dextermination.
Dans le plan nazi de déportation massive, Vichy fournit linfrastructure
nécessaire pour réguler les départs au gré
des demandes allemandes, et en gère les contraintes y compris
jusque dans les toutes dernières semaines de lété
1944, comme lors des convois du 31 juillet 1944 depuis Toulouse ou du
11 août 1944 depuis Clermont organisés tous deux par ladministration
française, sur demande allemande.
Enfin, la dernière logique mise en avant par lauteur correspond
à la période 1944-1946, celle de la Libération,
et quil qualifie de logique dexception, lorsquil sagit
de trier les personnes avant de décider sil convient de
les déférer à la justice. Il rend ainsi compte
de laction essentielle du ministre de lIntérieur
Adrien Tixier, rappelant ses actions répétées pour
sortir au plus vite de ces pratiques et revenir à une légalité
et une normalité républicaines.
Si lauteur a su ainsi mettre en évidence des périodes
différentes qui correspondent à des logiques dutilisation,
il a aussi étudié les internés eux-mêmes,
ainsi que les lieux de cet internement. Ces camps très nombreux
voient en effet se côtoyer, pas forcément dans les mêmes
lieux, des personnes très différentes, qui vont du trafiquant
du marché noir à lisraélite nayant
pas obéi à tous les règlements lui incombant, au
militant communiste ou syndicaliste, et bien sûr au résistant
arrêté. Cette profonde hétérogénéité
se ressent dans les conditions de détention, les réseaux
de solidarité se recréant souvent entre des personnes
retenues pour les mêmes motifs.
Une critique à la lecture de ce livre. Il semble que la place
laissée dans létude à linternement
des résistant(e)s préalablement à leur déportation
en Allemagne soit non pas ignorée, mais peut-être minorée
par rapport à dautres pratiques.
Les camps français dinternement administratif sont pourtant
encore présents parfois dans notre paysage, comme autant de verrues
souvent très proches des villes et des centres urbains. Ces lieux,
qui nont pas tous été cachés ou détruits
à la Libération, et dont on sest même pour
certains resservi ensuite, notamment pendant la guerre dAlgérie,
sont encore les grands oubliés de notre mémoire collective.
Guillaume
Agullo
Si
je toublie
Photos de Luc MARY-RABINE, Textes de Viviane RABINE.
Editions
Luce Wilquin, 48 rue dAtrive. B-4280 Avin/Hannut (Belgique). Tél/Fax
:+3219699813. E-mail : wilquin.bouquin@skynet.be 224p., 35 euros.
Voici un très beau livre, où le besoin de la connaissance
de lhistoire rencontre la poésie, léthique
et lesthétique. Le voyage méthodique dun photographe
en quête de traces, et qui rapporte des clichés implacables
et sobres des sites des camps, se combine subtilement avec le journal
de cette enquête, lun et lautre hantés par
le souvenir de proches disparus. Mais au-delà de blessures intimes,
il sagit daffirmer, en termes exigeants, lâge
second de la mémoire : les photos comme lécriture
nont plus tant pour objet dattester lhistoire que
dexplorer la nécessité de son empreinte en nous.
Les mystères nazis du lac
Toplitz,
par
Paul LE CAER.
120
p. Par souscription auprès de Paul Le Caër, 10 rue de la
Calonne 14800 TOURGEVILLE. 26 euros.
Minutieuse enquête sur lentreprise de contrefaçon
de livres sterling conçue par les Nazis pour déstabiliser
la puissance économique de lennemi anglais. Techniciens
et artistes choisis parmi les détenus de différents camps
et rassemblés à Sachsenhausen, dans le " Kommando
Bernhard ". Lauteur a travaillé à partir des
récits des rescapés et des rapports des Services secrets
américains. En juin 2000, une nouvelle tentative de fouille du
lac, sous la directive du Centre Simon Wiesenthal de Los Angeles, en
partenariat avec la chaîne de télévision C.B.S.
En vain.
La pratique dentaire dans les camps du IIIe Reich,
par
Xavier RIAUD.
Ed.
lHarmattan, collection " LAllemagne dhier et
daujourdhui ". 24,40 euros.
Cette thèse de doctorat ouvre une perspective sur le système
concentrationnaire : le quotidien des " praticiens " dans
les camps, et le circuit abominable de lor dentaire, de sa récupération
à la sortie des chambres à gaz jusquà son
exploitation par la Banque centrale du Reich.