39° Congrès de l'Amicale des déportés, familles et amis de Mauthausen

4 - 7 octobre 2002

CEREMONIES


 

Dimanche 6 et lundi 7 Octobre
Le dimanche matin a été consacré aux cérémonies.
A la plaque du souvenir des Déportés, apposée rue du Donjon, à l’emplacement de l’immeuble qu’occupait la Gestapo, nous ont rejoints Monsieur le Sous-Préfet, Madame Brière, représentant la Ville, et les associations d’anciens combattants. Une demi-section des élèves de l’Ecole nationale de Police de Oissel rendait les honneurs, sous les ordres du Lieutenant Lavenant et en présence du Commandant Flandrin. L’Orchestre d’Harmonie de Rouen était présent en formation imortante. Alain Alexandre a évoqué en ces termes les sites rouennais du parcours du Résistant arrêté et du Déporté :

Intervention d’Alain Alexandre à la plaque des déportés, rue du Donjon
Responsable départemental
de l’APHG (Association des Professeurs d’Histoire et de Géographie)

Mesdames, Messieurs,
L’occupation allemande de Rouen et de sa région, commencée le dimanche 9 juin 1940, s’acheva le mercredi 30 août 1944. Cela représente 1543 journées ponctuées d’attentats et d’actions de résistance contre l’armée ennemie. Le 19 juin 1940, Etienne Achavanne sabotait les communications électriques et téléphoniques du terrain d’aviation de Boos (situé sur la route de Paris, à l’Est de Rouen),l’isolant complètement de l’extérieur. Cet acte permit aux avions anglais de détruire dix huit appareils de la Luftwaffe. Arrêté quelques jours plus tard, Etienne Achavanne fut condamné à mort par un tribunal allemand et fusillé le 4 juillet 1940 au lieu-dit " la maison hantée ", dans la côte de Bonsecours. A cet endroit, une plaque,apposée à même le sol,commémore la première action de résistance effectuée contre les troupes d’occupation. Entre 1940 et 1944, c’est à l’emplacement de l’ancien stand de tir du Madrillet, actuellement avenue des Canadiens au Grand Quevilly, que tombèrent sous les balles des pelotons d’exécution 76 résistants de la Seine Inférieure. Ce monument des Martyrs de la Résistance, " lieu de mémoire " particulièrement émouvant vient, à plusieurs reprises, en 2002, d’être l’objet de dégradations et de profanations. Comment ne pas s’indigner de ces actes aussi irrespectueux qu’insupportables ?
Pour la plupart de ces condamnés à mort, c’est avec la complicité de la police française qu’ils furent arrêtés par la Gestapo, le commissaire Madelaine et l’inspecteur Alie se montrant des fonctionnaires de police particulièrement zélés. Rappelons, par exemple, les deux cents arrestations à Rouen et dans son agglomération dans la nuit du 21 au 22 octobre 1941 de près de 200 militants syndicaux et politiques, principalement liés au PC : pour beaucoup ce fut la déportation lors du convoi dit des " 45 000 " du 6 juillet 1942.
Le 15 janvier 1943, des inspecteurs français en civil,sur ordre du Préfet, procèdent à la rafle de 425 israélites rouennais parmi lesquels la famille Holstein. Denise avait 16 ans. Survivante du génocide, elle témoigne inlassablement et nous demande de ne pas "oublier les enfants d’Auschwitz". Les noms des victimes de la politique antisémite du régime de Vichy et de la barbarie nazie sont gravés sur le Mémorial situé à l’entrée de la synagogue de Rouen.
Dans son ouvrage intitulé " Rouen désolée ", paru dès 1949, l’historien et journaliste René-Gustave Nobécourt écrivait : " Les Rouennais arrêtés par les Allemands étaient d’abord conduits rue du Donjon où était installée la Gestapo. Celle-ci les interrogeait et tentait par tous les moyens, depuis " le passage à tabac " jusqu’aux pires tortures, de leur arracher des aveux et des dénonciations. Ils étaient ensuite incarcérés soit au Palais de Justice, dans les cachots situés le long de la rue Saint-Lô, sous la salle des Assises, soit à la prison Bonne-Nouvelle ".
Sur les murs de ces deux derniers édifices situés actuellement place Foch et boulevard de l’Europe, une plaque commémorative rappelle " le souvenir des centaines de résistants et patriotes qui y ont été incarcérés de 1940 à 1944 d’où ils partirent vers les pelotons d’exécution, les prisons et les bagnes nazis ". Pour la majorité d’entre eux, le camp d’internement de Compiègne Royallieu était le centre de détention avant le départ par la gare de Rouen vers les camps de déportation et d’extermination.
Ici, devant nous, s’élevait l’immeuble où siégeait la Gestapo, qui fut détruit lors du bombardement allié sur Rouen et sa région dans la nuit du 18 au 19 avril 1944. Dans les sous-sols étaient enchaînés, frappés et torturés les résistants arrêtés par les policiers allemands et français, le plus souvent sur dénonciation. Tous les anciens résistants et déportés qui ont témoigné y sont passés pendant quelques heures ou quelques jours pour être interrogés sur leurs activités.
Qu’il me soit permis, pour terminer, d’évoquer et d’honorer la mémoire d’un des vôtres à Mauthausen : Lucien Bunel, en religion le père Jacques. Né en 19OO à Barentin, cité industrielle, située à une vingtaine de kilomètres au Nord-Ouest de Rouen, il est arrêté le 15 janvier 1944 pour avoir, dans le collège qu’il dirigeait, caché des enfants juifs. Déporté à Mauthausen et plus particulièrement au Kommando de Gusen, le père Jacques meurt d’épuisement et de privations, le 2 juin 1945 à l’hôpital de Linz, quelques semaines après la libération du camp. Il faut montrer aux jeunes le magnifique film que Louis Malle a réalisé en 1987 intitulé " Au revoir les enfants ", dernières paroles que le père Bunel lança vers les élèves, parqués dans la cour, avant de s’éloigner…
A Barentin la place de l’église porte son nom : au centre on peut y voir sa statue, érigée en 1948.
Soixante années se sont écoulées…De nombreuses et diverses raisons ont conduit des hommes et des femmes ( souvent très jeunes) de milieux sociaux et politiques différents à s’engager et à devenir, au péril de leur vie, des " combattants de l’ombre ".

Les enseignants et plus particulièrement les professeurs d’Histoire sont au premier rang pour expliquer aux élèves ce que fut cette période. Les leçons de la Résistance, c’est le rappel constant des exigences de la Liberté. Les monuments, les stèles, les plaques, les noms des rues de nos communes sont des reflets d’histoire et de mémoire: Ils constituent un patrimoine historique et moral qui fait appel aux valeurs démocratiques et citoyennes, à la solidarité et à la vigilance. C’est par la pédagogie et la transmission de la mémoire que nous devons agir, quotidiennement, sans relâche, pour lutter contre l’intolérance, la xénophobie, les intégrismes et les exclusions.