Dimanche
6 et lundi 7 Octobre
Le dimanche matin a été consacré aux cérémonies.
A la plaque du souvenir des Déportés, apposée rue
du Donjon, à lemplacement de limmeuble quoccupait
la Gestapo, nous ont rejoints Monsieur le Sous-Préfet, Madame
Brière, représentant la Ville, et les associations danciens
combattants. Une demi-section des élèves de lEcole
nationale de Police de Oissel rendait les honneurs, sous les ordres
du Lieutenant Lavenant et en présence du Commandant Flandrin.
LOrchestre dHarmonie de Rouen était présent
en formation imortante. Alain Alexandre a évoqué en ces
termes les sites rouennais du parcours du Résistant arrêté
et du Déporté :
Intervention
dAlain Alexandre à la plaque des déportés,
rue du Donjon
Responsable
départemental
de lAPHG (Association
des Professeurs dHistoire et de Géographie)
Mesdames,
Messieurs,
Loccupation allemande de Rouen et de sa région, commencée
le dimanche 9 juin 1940, sacheva le mercredi 30 août 1944.
Cela représente 1543 journées ponctuées dattentats
et dactions de résistance contre larmée ennemie.
Le 19 juin 1940, Etienne Achavanne sabotait les communications électriques
et téléphoniques du terrain daviation de Boos (situé
sur la route de Paris, à lEst de Rouen),lisolant
complètement de lextérieur. Cet acte permit aux
avions anglais de détruire dix huit appareils de la Luftwaffe.
Arrêté quelques jours plus tard, Etienne Achavanne fut
condamné à mort par un tribunal allemand et fusillé
le 4 juillet 1940 au lieu-dit " la maison hantée ",
dans la côte de Bonsecours. A cet endroit, une plaque,apposée
à même le sol,commémore la première action
de résistance effectuée contre les troupes doccupation.
Entre 1940 et 1944, cest à lemplacement de lancien
stand de tir du Madrillet, actuellement avenue des Canadiens au Grand
Quevilly, que tombèrent sous les balles des pelotons dexécution
76 résistants de la Seine Inférieure. Ce monument des
Martyrs de la Résistance, " lieu de mémoire "
particulièrement émouvant vient, à plusieurs reprises,
en 2002, dêtre lobjet de dégradations et de
profanations. Comment ne pas sindigner de ces actes aussi irrespectueux
quinsupportables ?
Pour la plupart de ces condamnés à mort, cest avec
la complicité de la police française quils furent
arrêtés par la Gestapo, le commissaire Madelaine et linspecteur
Alie se montrant des fonctionnaires de police particulièrement
zélés. Rappelons, par exemple, les deux cents arrestations
à Rouen et dans son agglomération dans la nuit du 21 au
22 octobre 1941 de près de 200 militants syndicaux et politiques,
principalement liés au PC : pour beaucoup ce fut la déportation
lors du convoi dit des " 45 000 " du 6 juillet 1942.
Le 15 janvier 1943, des inspecteurs français en civil,sur ordre
du Préfet, procèdent à la rafle de 425 israélites
rouennais parmi lesquels la famille Holstein. Denise avait 16 ans. Survivante
du génocide, elle témoigne inlassablement et nous demande
de ne pas "oublier les enfants dAuschwitz". Les noms
des victimes de la politique antisémite du régime de Vichy
et de la barbarie nazie sont gravés sur le Mémorial situé
à lentrée de la synagogue de Rouen.
Dans son ouvrage intitulé " Rouen désolée
", paru dès 1949, lhistorien et journaliste René-Gustave
Nobécourt écrivait : " Les Rouennais arrêtés
par les Allemands étaient dabord conduits rue du Donjon
où était installée la Gestapo. Celle-ci les interrogeait
et tentait par tous les moyens, depuis " le passage à tabac
" jusquaux pires tortures, de leur arracher des aveux et
des dénonciations. Ils étaient ensuite incarcérés
soit au Palais de Justice, dans les cachots situés le long de
la rue Saint-Lô, sous la salle des Assises, soit à la prison
Bonne-Nouvelle ".
Sur les murs de ces deux derniers édifices situés actuellement
place Foch et boulevard de lEurope, une plaque commémorative
rappelle " le souvenir des centaines de résistants et patriotes
qui y ont été incarcérés de 1940 à
1944 doù ils partirent vers les pelotons dexécution,
les prisons et les bagnes nazis ". Pour la majorité dentre
eux, le camp dinternement de Compiègne Royallieu était
le centre de détention avant le départ par la gare de
Rouen vers les camps de déportation et dextermination.
Ici, devant nous, sélevait limmeuble où siégeait
la Gestapo, qui fut détruit lors du bombardement allié
sur Rouen et sa région dans la nuit du 18 au 19 avril 1944. Dans
les sous-sols étaient enchaînés, frappés
et torturés les résistants arrêtés par les
policiers allemands et français, le plus souvent sur dénonciation.
Tous les anciens résistants et déportés qui ont
témoigné y sont passés pendant quelques heures
ou quelques jours pour être interrogés sur leurs activités.
Quil me soit permis, pour terminer, dévoquer et dhonorer
la mémoire dun des vôtres à Mauthausen : Lucien
Bunel, en religion le père Jacques. Né en 19OO à
Barentin, cité industrielle, située à une vingtaine
de kilomètres au Nord-Ouest de Rouen, il est arrêté
le 15 janvier 1944 pour avoir, dans le collège quil dirigeait,
caché des enfants juifs. Déporté à Mauthausen
et plus particulièrement au Kommando de Gusen, le père
Jacques meurt dépuisement et de privations, le 2 juin 1945
à lhôpital de Linz, quelques semaines après
la libération du camp. Il faut montrer aux jeunes le magnifique
film que Louis Malle a réalisé en 1987 intitulé
" Au revoir les enfants ", dernières paroles que le
père Bunel lança vers les élèves, parqués
dans la cour, avant de séloigner
A Barentin la place de léglise porte son nom : au centre
on peut y voir sa statue, érigée en 1948.
Soixante années se sont écoulées
De nombreuses
et diverses raisons ont conduit des hommes et des femmes ( souvent très
jeunes) de milieux sociaux et politiques différents à
sengager et à devenir, au péril de leur vie, des
" combattants de lombre ".
Les
enseignants et plus particulièrement les professeurs dHistoire
sont au premier rang pour expliquer aux élèves ce que
fut cette période. Les leçons de la Résistance,
cest le rappel constant des exigences de la Liberté. Les
monuments, les stèles, les plaques, les noms des rues de nos
communes sont des reflets dhistoire et de mémoire: Ils
constituent un patrimoine historique et moral qui fait appel aux valeurs
démocratiques et citoyennes, à la solidarité et
à la vigilance. Cest par la pédagogie et la transmission
de la mémoire que nous devons agir, quotidiennement, sans relâche,
pour lutter contre lintolérance, la xénophobie,
les intégrismes et les exclusions.