La mémoire de mauthausen : sauvegarde et médiation

Travaux du 39° Congrès de l'Amicale des déportés, familles et amis de Mauthausen

4 - 7 octobre 2002


Intervention
de Richard FLAMEIN, APHG

APHG (Association des Professeurs d’Histoire et de Géographie)


Je sais le mal qu’on vous a fait !
Je sais la distance qu’il peut y avoir entre vous et la vie.
Je sais le silence quand il est la forme la plus violente du témoignage.
Je le sais parce que je l’ai entendu.
Ce qui nous réunit, une fois de plus, c’est l’inhumanité, la stupeur devant l’inhumanité.
Et c’est cela qui reste dans le regard de nos élèves : l’intuition que votre douleur est au-delà de tous les mots, de tous les témoignages possibles : l’effroi.
La politique concentrationnaire a fait, fait, et fera partie de notre histoire. Nous devons la penser ! Mais, puisque le crime contre l’humanité est imprescriptible, la mémoire n’est pas un devoir : c’est un droit.
Dans nos lycées, la pensée de nos élèves poursuit sa construction : l’empreinte est durable. Mais ne nous leurrons pas : notre société est aujourd’hui plus individualiste, plus hédoniste et plus consumériste, mais elle est aussi plus inégalitaire et l’éducation ne touche pas tout le monde malgré nos efforts : la haine naît toujours de la misère et du désespoir.
Nous avons besoin de repères. Je propose :
1- que le champ conceptuel de l’extrême-droite française soit enseigné pour ce qu’il est : non pas comme un accident récurrent de l’histoire de notre pays, de l’affaire Dreyfus à l’élection présidentielle de 2002 ; mais comme un courant idéologique et politique structuré et permanent, comme une menace constante et directe faite à la démocratie et aux valeurs des Droits de l’Homme, comme une conception sociale inégalitaire et raciste insupportable.
2- que l’étude de l’histoire de la Déportation ne s’arrête pas en 1945 mais que soient pris en compte le retour, le devenir, l’onde de choc interminable de ce traumatisme sur nos vies. Pour celui qui souffre, la Déportation ne s’arrête jamais.
3- l’utilisation dans les lycées des " Travaux personnels encadrés " comme lieu de réflexion des élèves sur la Déportation. Or, sur la centaine de sujets proposés en Terminale, aucun ne se rapporte, même indirectement, à cette question. Ne pouvons-nous pas associer TPE et Concours national de la Résistance et de la Déportation ?
4- la conservation de la mémoire sous toutes ses formes, en associant un témoin à un lieu anonyme (lieu d’arrestation, de planque, etc.), afin qu’en accord avec les municipalités, ces lieux multiples deviennent les repères de la mémoire.
Gardons à l’esprit le Serment de Mauthausen, prononcé le 16 mai 1945 :
" Nous suivrons un chemin commun, le chemin de la compréhension réciproque, le chemin de la collaboration à la grande œuvre de l’édification d’un monde nouveau, libre et juste pour tous ".