Intervention
de Richard FLAMEIN, APHG
APHG
(Association des Professeurs dHistoire et de Géographie)
Je
sais le mal quon vous a fait !
Je sais la distance quil peut y avoir entre vous et la vie.
Je sais le silence quand il est la forme la plus violente du témoignage.
Je le sais parce que je lai entendu.
Ce qui nous réunit, une fois de plus, cest linhumanité,
la stupeur devant linhumanité.
Et cest cela qui reste dans le regard de nos élèves
: lintuition que votre douleur est au-delà de tous les
mots, de tous les témoignages possibles : leffroi.
La politique concentrationnaire a fait, fait, et fera partie de notre
histoire. Nous devons la penser ! Mais, puisque le crime contre lhumanité
est imprescriptible, la mémoire nest pas un devoir : cest
un droit.
Dans nos lycées, la pensée de nos élèves
poursuit sa construction : lempreinte est durable. Mais ne nous
leurrons pas : notre société est aujourdhui plus
individualiste, plus hédoniste et plus consumériste, mais
elle est aussi plus inégalitaire et léducation ne
touche pas tout le monde malgré nos efforts : la haine naît
toujours de la misère et du désespoir.
Nous avons besoin de repères. Je propose :
1- que le champ conceptuel de lextrême-droite française
soit enseigné pour ce quil est : non pas comme un accident
récurrent de lhistoire de notre pays, de laffaire
Dreyfus à lélection présidentielle de 2002
; mais comme un courant idéologique et politique structuré
et permanent, comme une menace constante et directe faite à la
démocratie et aux valeurs des Droits de lHomme, comme une
conception sociale inégalitaire et raciste insupportable.
2- que létude de lhistoire de la Déportation
ne sarrête pas en 1945 mais que soient pris en compte le
retour, le devenir, londe de choc interminable de ce traumatisme
sur nos vies. Pour celui qui souffre, la Déportation ne sarrête
jamais.
3- lutilisation dans les lycées des " Travaux personnels
encadrés " comme lieu de réflexion des élèves
sur la Déportation. Or, sur la centaine de sujets proposés
en Terminale, aucun ne se rapporte, même indirectement, à
cette question. Ne pouvons-nous pas associer TPE et Concours national
de la Résistance et de la Déportation ?
4- la conservation de la mémoire sous toutes ses formes, en associant
un témoin à un lieu anonyme (lieu darrestation,
de planque, etc.), afin quen accord avec les municipalités,
ces lieux multiples deviennent les repères de la mémoire.
Gardons à lesprit le Serment de Mauthausen, prononcé
le 16 mai 1945 :
" Nous suivrons un chemin commun, le chemin de la compréhension
réciproque, le chemin de la collaboration à la grande
uvre de lédification dun monde nouveau, libre
et juste pour tous ".