Livres, expositions par Daniel SIMON


LIVRES
On ne dira jamais assez la nécessité de chaque témoignage, tant le parcours des Déportés et le système concentrationnaire furent complexes et divers, tant aussi il faut craindre aujourd’hui la constitution insidieuse d’un archétype ou d’une vulgate qui rendraient sourd, en quelque sorte, à la parole des victimes et repousseraient dans un passé de plus en plus indéfini ce qu’elles nous disent. A ce titre, signalons deux livres tout récents, construits l’un et l’autre dans la pluralité des voix et la singularité des récits :


J.-M. VALADE,
Au bout de l’enfer concentrationnaire : la vie. Paroles de rescapés corréziens des camps nazis.
Ed. Ecritures, Brive. 20 euros.


On s’en doute, notre ami Roger Gouffault est l’un des huit Déportés dont le témoignage constitue le matériau du récit croisé tissé par l’auteur, qui est professeur d’histoire et spécialiste de l’histoire locale. Le livre entend donc être aussi un mémorial régional. Il est organisé par chapitres chronologiques - de l’arrestation à l’après-libération - ce qui permet de peser l’analogie et la spécificité des parcours et des camps, réalise un montage efficace de paroles, et dessine de fortes personnalités .


I.GRINSPAN, B. POIROT-DELPECH,
J’ai pas pleuré.
Robert Laffont. 18,10 euros.


Le livre est fabriqué d’une technique plus subtile qu’il paraît au prime abord : l’académicien n’est pas le nègre de la "petite Ida", juive de France déportée à quatorze ans. Il est son interlocuteur, et ce sont leurs deux voix qui nous sont offertes, "récits oraux sans cesse repris, croisés, réécrits". Structure originale aussi : des 245 pages du livre, Auschwitz en occupe 60. Celles-ci racontent ce qu’on a lu ou entendu déjà, bien sûr, mais avec ces différences précieuses où se reflète l’individualité. Et puis, quelques épisodes ou détails singuliers : le chant partagé, une fois, entre la déportée blessée et la gardienne allemande ; et cette réplique du meister à l’esclave à son poste de travail : " il est interdit de pleurer ; ça rouille le matériel ".
Le témoignage d’"Ida" et les réflexions de "Bertrand" s’attardent sur les difficultés du retour (au plan affectif, social, professionnel) et réactivent une enquête d’après-guerre sur les conditions de l’arrestation de la jeune Juive, occasion de portraits saisissants (les gendarmes, le maire, l’institutrice et son inspecteur). Portraits d’idées aussi, pourrait-on dire : la solidarité, l’importance du témoignage, "toutes les chances d’Ida " qui ont fait qu’elle est vivante, et puis ceci : " à quoi les camps m’auront-ils rendue le plus sensible, le plus durablement ? Au racisme sous toutes ses formes. Nous naissons égaux en droits. Le danger totalitaire n’est jamais écarté de façon certaine. Plus physiquement : je ne supporte pas de voir quelqu’un privé de sa liberté, ou avoir faim ".


EXPOSITIONS


DESTINATION AUSCHWITZ DES DEPORTES TATOUES

Exposition au Mémorial Leclerc / Musée Jean Moulin. 23 allée de la 2e D.B. Paris 15e. 30 avril – 13 octobre 2002.

Aussi un beau catalogue, préfacé par Marie-José Chombart de Lauwe, à la fois encyclopédique et très ciblé sur quelques convois. Les transferts d’un camp à l’autre sont l’occasion d’éclairages particuliers sur Mauthausen, Ebensee, Loibl Pass. Belle présentation de documents rares .


Ch. GATTINONI.
XXe SIECLE POUR SES VICTIMES INCONNUES
Exposition de photographies / Musée de l’Histoire vivante. 31, Bld Théophile Sueur. 93100 Montreuil. 14 mai - 14 juillet 2002.